La réforme du collège défend l’interdisciplinarité et c’est une aberration

Article de Louise Tourret sur slate.fr :

Cette interdisciplinarité, les experts sont contre. Mais le débat sur l’éducation ne se nourrit pas de faits objectifs ni d’études: il se nourrit d’opinions et d’idéologie

Qu’il s’agisse des partisans ou des détracteurs de la réforme du collège, il m’apparaît un problème depuis le début des débats: au lieu de se baser sur des faits, les participants se contentent le plus souvent de simplement leur avis. (…)

La mesure phare de cette réforme– je vous promets, ce n’est pas la suppression du latin (pas supprimé mais si mais non mais un peu quand même mais pas tout à fait)– c’est la mise en place des EPI: enseignements pratiques interdisciplinaires. C’est-à-dire l’obligation de 20% d’heures de travail interdisciplinaire, pour toutes les classes de tous les collèges. (…)

Mais pourquoi la réforme se présente comme celle qui aboutira a plus d’efficacité via l’interdisciplinarité? Pourquoi même y avoir recours? Sur quelles bases scientifiques peut-elle être défendue? Pourquoi serait-elle plus égalitaire?

En fait, des chercheurs qui ont étudié le sujet pensent carrément le contraire. Aucun ne prône en revanche l’interdisciplinarité comme méthode efficace de lutte contre les inégalités, problème majeur contre lequel la réforme doit lutter.

Voici ce que nous explique Elisabeth Bauthier, chercheuse au laboratoire Escol de Paris VIII et qui a observé les travaux personnels encadrés, soit l’interdisciplinarité telle qu’elle a été pratiquée au lycée:

«L’interdisciplinarité ne s’attache pas à des disciplines mais davantage à la manière dont on traite les savoirs, permettent de comprendre le monde dans sa complexité. Mais c’est plus long et ça prend plus de temps.»

Creuser les inégalités

Mais, plus grave: ce type de pédagogie renforcerait les inégalités:

«Ce que nous avons observé, depuis quelques années, c’est que les meilleurs élèves tirent un avantage supplémentaire de ce genre de dispositif. Les entrées par thème favorisent les élèves qui savent construire un texte ou une réflexion en cherchant dans différents domaines. Ils naviguent entre les savoirs. C’est une tâche sophistiquée qui laisse les plus faibles sur le bord de la route. Avec la généralisation de telles méthodes les écarts vont se creuser.» (…)

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